Un radioamateur sur la bonne fréquence au dessus de Toulon

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Radioamateur depuis vingt-cinq ans, Michel Moutte passe le plus clair de ses week-ends perché sur le toit de l’agglomération toulonnaise : l’endroit idéal pour poser ses antennes.

Un dimanche tout en haut du Mont Caume. « F5PVX » (prononcer « Fox 5 Papa Victor X-ray ») est là, fidèle au poste depuis dix ans. À bord du « PVX mobile », le drôle de camion qu'il a entièrement équipé, le radioamateur participe, depuis la veille, au championnat de France de VHF. Sous la casquette frappée du numéro d'identification international, Michel Moutte, 65 ans, jardinier retraité et ancien pompier volontaire, sourire aussi large que sa carrure. « C'est magnifique ici, non ? »

Un œil sur la rade, l'autre sur son émetteur, Michel a pris ses quartiers au Mont Caume depuis quelques années : il a l'autorisation de stationner au milieu des installations militaires, au-delà du « B zéro », ce panneau qui interdit l'accès à tout véhicule. L'office national des forêts lui permet d'utiliser l'électricité de sa tour de guet

Alors à chaque concours de radio - minimum deux week-ends par mois -, il pose ses antennes sur le toit de l'aire toulonnaise. Sur son carré locator « JN23WE » (prononcer « Juliette Novembre 23 Whiskey Echo »).

Toucher le plus de monde

« Le but, c'est de toucher le plus de monde possible. » Autrement dit, d'établir le plus grand nombre de contacts avec les participants répartis sur l'ensemble de l'Hexagone, les plus éloignés rapportant plus de points. « Les radioamateurs émettent depuis des fréquences régies par l'agence nationale des fréquences, explique Michel, exalté, et le matériel doit être conforme à de nombreux critères techniques.»

Licenciés et redevables d'une taxe - 46 euros annuels -, ces passionnés disposent de portions de fréquences, qu'ils maintiennent opérationnelles. «Le Réseaux des émetteurs de France (dont il a présidé l'antenne varoise pendant douze ans, jusqu'en 2014, Ndlr)est ainsi reconnu d'utilité publique car, en cas de catastrophe, les autorités peuvent utiliser nos fréquences. »

Ce dimanche-là, « F5PVX » utilise quatre bandes, « choisies selon leur propagation ».

En place depuis la veille, il n'a établi qu'une cinquantaine de contacts. « Habituellement, le deuxième jour, j'en suis plutôt à cent vingt… » Cette fois, les mauvaises ondes l'ont poursuivi dès le samedi. Pas d'électricité, une panne de moteur et la nuit qui arrive pour le renvoyer chez lui, à La Cadière. « Avant, raconte Michel,je dormais ici. Qu'il pleuve, qu'il vente ou même qu'il neige : c'est arrivé, vous savez !»

Pas un malade de la gagne

Désormais, le retraité participe à ces concours surtout pour… participer. « Je ne suis pas un malade la gagne», lance-t-il. Avant de rappeler que, quand même, il a souvent fini premier.

« Ce qui me plaît dans le radioamateurisme, c'est la communication. Parce qu'en restant dans son coin, on n'apprend rien.» Voilà donc vingt-cinq ans qu'il tchatche dans son émetteur. Plus encore si on compte sa période cibiste.

Pourtant, sur les fréquences FM, pas question de papoter de tout, de rien. Ici, on parle technique. « Moi, j'ai appris tout seul à me servir de ma station», précise Michel. Il a fabriqué ses antennes, puis a innové pour améliorer son matériel. Un savoir-faire qu'il partage désormais sur les ondes. Mais « le plus fabuleux,dit-il, c'est quand on rencontre les gens en vrai ». Goguenard, il repense à la voix suave de Marilyne… qui avait vraiment un physique à faire de la radio !

« Je parle anglais provençal »

Des contacts, « F5PVX » en a eu à travers le monde. Afrique, Australie, Japon. « Aujourd'hui, on entend les pays d'ex-Yougoslavie.» Des « QSL », sortes d'accusés de réception de contact sous forme de cartes postales, Michel en a envoyé partout. Jusque sur l'île Tromelin, dans l'océan Indien, rattachée aux Terres australes et antarctiques françaises.

Avec cette grande famille qui vit à l'heure GMT, Michel se fait comprendre en parlant « anglais provençal», rit-il, pas peu fier de sa formule. « Je suis autodidacte,s'excuse-t-il. J'ai commencé à travailler au champ à 14 ans, donc je n'ai pas eu l'occasion d'apprendre les langues. »

F5PVX est passé à la télé

Alors un peu comme on voyage, le passionné «cherche à faire des contacts originaux ». Un peu aussi comme quelqu'un qui voudrait voir les rangs de ses semblables grossir. REF compte en effet 14 000 adeptes - 380 dans le Var, dont seulement 150 actifs. Ils seraient le double en Italie, le triple en Grande-Bretagne. « Et aux États-Unis, ils ont carrément leurs indicatifs sur leurs cartes de visites !»

Le sien, Michel a tout de même réussi à le faire passer sur les fréquences hertziennes du petit écran. « Avant, avec le "PVX mobile ", je suivais le Paris-Nice et le Tour de France,se souvient-il. Comme ils filment les paysages avec des hélicos, j'ai inscrit "F5PVX " en grand au sol. Et c'est passé à la télé ! »

Retransmission. Et surtout transmission. Marié, père de deux enfants et grand-père à quatre reprises, le retraité voudrait bien que sa descendance prenne le relais. Pourquoi pas sa petite-fille Chloé, 11 ans, « celle qui a le plus la tchatche » ? Elle pourrait être sur la même longueur d'onde

 un grand merci à 

Virginie Rabisse     Journaliste à Var-matin, agence de Toulon